Boulevard du Jardin Zoologique

Voleur
Je sais qu’un certain nombre d’entre vous (j’ai les noms) n’apprécie pas ma manière de « voler » des images à des quidams qui n’ont rien demandé. Et qui, le plus souvent, ne remarquent même pas qu’ils ont été photographiés.
Joël Meyerowitz, célèbre photographe américain, affirme : « La rue est un espace public. Tout le monde y est sur un pied d’égalité. Vous avez le droit de vous promener, de prendre des images. Si vous ne voulez pas être photographié, n’allez pas dans la rue. »
Un peu excessif sans doute mais pourquoi pas après tout.
Quand je fais des photos dans la rue, a priori je ne fais rien de mal 😉 et si l’une ou l’autre de mes « victimes » m’interpelle ou me demande d’effacer le cliché, je ne discute pas, je le fais aussitôt. Et avec le sourire, étant donné que très vite il est question de droit à l’image, de respect de la vie privée etc.
Dans la rue, mon objectif est simple : je recherche de situations, des individus, des images qui attirent mon œil et que je prends plaisir à partager ici même. C’est comme un jeu, une sorte de défi car dans la rue tout va très vite, pas le temps de réfléchir ou de soigner le cadrage de moments bien souvent fugitifs mais tellement plaisants quand on parvient à saisir une expression, une relation, une lumière…
Dans le précédent message, j’affirme ne pas toujours être à l’aise en photographiant de cette manière. C’est la stricte vérité. Etant d’un naturel plutôt réservé et discret, je dois « m’arracher » et, comme on dit aujourd’hui, sortir de ma zone de confort pour faire mes photos : j’utilise le plus souvent une focale de 28 mm, un objectif grand angulaire qui a tendance à faire monter l’adrélanine parce qu’il oblige à une réelle proximité avec le sujet photographié. Ainsi sur cette image, je suis à environ un environ un mètre de la maman qui se demande ce que veulent ces deux charmants gamins qui ont ramassé une pile de journaux gratuits déposés à l’entrée du métro et qu’ils proposent à tous les passants.

A suivre : Limites

4 réflexions sur “Boulevard du Jardin Zoologique

  1. En voilà une question qu’elle est bonne ! Le temps d’une réponse, on dirait que je ne te connais pas, et que je m’en tiens aux seules images de ce blog.

    A la question : parle-t-on d’images « volées » ?, la réponse est, littéralement, « oui ». Dans le sens où quelque chose a été pris à ces gens que tu photographies (l’expression d’une émotion, le regard-caméra d’un enfant, une fraction de temps dans tous les cas), sans pour autant leur demander leur avis. Sans même, le plus souvent, qu’ils en aient conscience, comme tu le dis toi-même.

    Faisant cela, tu ne fais que mettre tes pas dans ceux de grands photographes, souvent états-uniens mais pas que. Soit dit en passant, se réclamer du radicalisme de Meyerowitz (« Si vous ne voulez pas être photographié, n’allez pas dans la rue ») n’est peut-être pas l’idée du siècle.

    Mais la cause est entendue, et voler, c’est mal. Alors quelle sentence ? Bah, la clémence. Parce qu’en ces affaires, ce qui importe avant tout est le point de vue, ou mieux, le regard que l’on porte sur qui on choisit d’arrêter son objectif. Et il me semble que le tien, de regard, est constamment bienveillant (je sais, le terme est devenu chargé, mais je n’en trouve pas de meilleur). Jamais on ne sent la volonté de stigmatiser (voir parenthèse précédente), de critiquer, de dévaloriser en quelque manière ceux que tu photographies. Et si ambiguïté il y a, elle est aussitôt recadrée par quelques lignes de commentaire.

    Bien sûr, les portraits posés, en regard-caméra, de Walker Evans pendant la Grande Dépression, ou ceux des paysans auvergnats de Raymond Depardon captent quelque chose du réel, de « la vie telle qu’elle est ». Mais quand il s’agit de faire sentir l’ambiance, l’air du temps d’une ville, de saisir d’une autre façon « la vie telle qu’elle est », prendre ses photos « à la dérobade », comme on dit joliment, c’est peut-être LA condition. Car on le sait : solliciter la complicité des gens que l’on photographie, c’est se prendre en boomerang l’effet-caméra, cette « propension qu’ont les gens à amplifier et modifier leurs comportements (…) du simple fait qu’ils sont filmés », comme dit Jean-Louis Comolli à propos du documentaire.

    C’est pourquoi, et malgré le sens littéral rappelé plus haut, parler de façon expéditive d’images volées dans ton cas me semblerait aussi incongru qu’une bouteille de Badoit sur la table d’un repas de chasseurs.

    Sans tomber dans l’angélisme pour autant, tu donnes de Marseille une image vivante, surprenante, bigarrée (même avec le noir et blanc, c’est fort), attachante en somme, quand on sait comme cette ville est recouverte d’une épaisse couche de stéréotypes.

    C’est bien simple, je serais le conseil municipal, je voterais séance tenante une subvention conséquente à ce blog. 🙂

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    • Mon très cher Jihel48 (le plus beau département, c’est bien ça ?) Difficile de répondre à un tel commentaire sinon pour dire merci, merci et encore merci pour ce regard et ces paroles aussi touchantes que bienveillantes.

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